Le climat et les promesses non tenues des pays riches

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LE CAP – Freinant leur croissance et pesant sur leur budget, la pandémie a généré le chaos dans les économies des pays africains. Et maintenant la guerre en Ukraine menace d’aggraver la situation, notamment en perturbant l’approvisionnement alimentaire et en intensifiant la pression inflationniste. Mais une fois ces crises passées, beaucoup de pays africains seront toujours aux prises avec les effets du réchauffement climatique et les promesses non tenues des pays avancés.

Bien que l’Afrique soit le continent qui a le moins contribué au réchauffement climatique, c’est celui qui est le plus vulnérable à la hausse des températures. On ne peut plus fermer les yeux sur cette réalité, car les événements météorologiques extrêmes exacerbent l’insécurité alimentaire et détruisent les moyens de subsistance. Avant même la pandémie, la plupart des pays africains ne disposaient pas de la marge de manoeuvre budgétaire nécessaire pour investir suffisamment dans l’adaptation au réchauffement, et maintenant beaucoup se retrouvent au bord du surendettement.

La politique climatique a été l’un des principaux sujets abordés lors des récentes réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale. Mais l’incapacité persistante de la communauté internationale à respecter ses engagements financiers en la matière n’a pas reçu l’attention qu’elle méritait – en premier lieu la promesse des pays développés de fournir 100 milliards de dollars par an aux pays en développement entre 2020 à 2025.

En 2019, une décennie après avoir fait cette promesse et mobilisé seulement 79,6 milliards de dollars, les pays riches ont affirmé s’approcher de l’objectif. Mais ce chiffre décevant est sujet à controverse, nombre d’observateurs estimant qu’il est gonflé et que certaines sommes sont comptées deux fois. En réalité, il manque probablement déjà près de 1 000 milliards de dollars pour tenir les divers engagements liés au climat pris depuis 2009 – un déficit qui va sans doute se creuser encore. La contribution annuelle des pays riches ne devrait pas atteindre 100 milliards de dollars avant 2023.

Seule une petite partie de cette somme ira aux pays africains. Durant la période 2016-2019, ils ont reçu 20 milliards de dollars par an au lieu des 100 milliards promis, et les autres sources de financement sont loin de combler le manque à gagner. Seulement 37 % du portefeuille du Fonds vert pour le climat (3,3 milliards de dollars) vont à l’Afrique. Et le Fonds pour les pays les moins avancés dédié principalement aux pays africains n’a fourni que 437 millions de dollars au continent depuis 2001.

Le financement de l’adaptation au réchauffement climatique est manifestement insuffisant. De 2014 à 2018, les pays africains ont reçu moins de 5,5 milliards de dollars dans cet objectif, soit 5 dollars par personne et par an – bien en deçà des besoins estimés. Les financements nationaux et internationaux ne leur permettent de couvrir que 20% de leurs besoins. A peine 5 % de l’aide des fonds internationaux pour le climat ont servi à des interventions locales d’adaptation au réchauffement.

Pire encore, 57 % des fonds d’aide à l’adaptation de l’Afrique ont été accordés sous forme de prêt, et non de subvention. L’injustice est évidente : les pays riches, principaux responsables du réchauffement climatique, obligent les pays pauvres souvent très endettés à payer le prix de l’adaptation à cette situation. Mais il s’agit également d’un problème pratique, car le taux de décaissement des prêts destinés à l’adaptation au réchauffement est inférieur à celui des subventions.

Le taux de décaissement du financement à l’adaptation au réchauffement en Afrique est donc très faible. Selon l’Institut de Stockholm pour l’environnement, durant la période 2014-2018, ce taux de décaissement était de seulement 46 %, alors qu’il s’élevait à 56 % pour l’atténuation des risques climatiques et à 96 % pour l’ensemble de l’aide au développement.

La base de données Aid Atlas dresse un tableau encore plus sombre. De 2002 à 2019, les bailleurs de fonds ont déboursé un peu plus de 8,1 milliards de dollars pour aider l’Afrique à s’adapter au réchauffement climatique, soit moins d’un tiers des 29,2 milliards de dollars engagés. Ce faible ratio de décaissement reflète en grande partie les obstacles à la mise en œuvre des projets (les exigences de cofinancement, la rigidité des règles des fonds climatiques, l’insuffisance des capacités de programmation au sein des différents pays…)

Même si la communauté internationale tenait ses promesses de financement de la politique climatique, ce ne serait pas suffisant. D’après les données du Centre des contributions déterminées au niveau national pour l’Afrique, pour la période 2020-2030, le continent a besoin de 715 milliards de dollars pour atténuer le réchauffement, et de 259 à 407 milliards pour l’adaptation au réchauffement. Le Groupe africain de négociateurs sur le changement climatique appelle à une aide à hauteur de 1 300 milliards de dollars par an d’ici à 2030 pour soutenir les pays en développement confrontés au réchauffement climatique. Quant aux principales banques multilatérales de développement, elles se sont engagées à verser 38 milliards de dollars d’aide à la politique climatique aux pays à revenu faible ou intermédiaire, dont 9 milliards à l’Afrique subsaharienne – ce qui apparaît dérisoire face aux besoins.

Au-delà de l’augmentation de ses engagements financiers relatifs au climat et de leur respect, la communauté internationale doit veiller à ce que la transition énergétique soit équitable. Par exemple, l’Afrique possède des métaux et des minerais nécessaires à la transition vers une énergie propre, ainsi qu’un énorme potentiel pour la production d’hydrogène vert. L’impact social, environnemental et climatique de l’exploitation de ces ressources doit être réduit au maximum et s’accompagner de réformes structurelles visant à améliorer la position de l’Afrique dans les chaînes de valeur mondiales.

Il faut soutenir tout azimut la transition climatique. Des programmes ciblés disposant d’un financement international seront nécessaires pour protéger les moyens de subsistance des populations les plus menacées. Ainsi, le secteur agricole sud-africain est extrêmement vulnérable au changement climatique. Il faudra aider en priorité les petits exploitants ruraux, plutôt que les grands producteurs agro-industriels majoritairement blancs, qui disposant de ressources importantes, sont bien mieux placés pour s’adapter.

Les 8,5 milliards de dollars du Partenariat pour une transition énergétique juste constituent un bon modèle. Initié lors de la Conférence sur le changement climatique qui a eu lieu à Glasgow l’année dernière, ce Partenariat aidera l’Afrique du Sud à accélérer sa transition vers les énergies propres, avec le soutien de l’UE, de la France, de l’Allemagne, du Royaume-Uni et des USA. L’accord comportera de nouveaux investissements dans les énergies renouvelables, les véhicules électriques et l’hydrogène vert, ainsi que des mesures destinées à protéger les travailleurs et les populations liés au secteur des énergies fossiles.

L’exploitation des ressources naturelles a rapporté énormément aux pays riches, mais elle a causé des dégâts écologiques considérables. C’est pourquoi il leur incombe d’utiliser une partie de la richesse qu’ils ont ainsi accumulé pour aider les pays qui n’en ont pas bénéficié à s’adapter. Il faut en finir avec les promesses non tenues des pays riches en matière de lutte contre le réchauffement climatique.

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